dimanche 24 août 2014

Emmanuel Pélaprat : «L'harmonium d'art est inexploré en France»

Lalbenque (46)

Emmanuel Pélaprat, une passion pour la musique.
Emmanuel Pélaprat, une passion pour la musique.
Emmanuel Pélaprat, originaire de Toulouse, habite Lalbenque depuis plusieurs années, un village où il a une partie de ses racines. Il y a quelques années, ce grand organiste, insatiable de musique, s'est découvert une passion pour l'harmonium d'art (instrument de musique à vent s'apparentant à l'orgue).
En quoi l'harmonium d'art se distingue-t-il de l'harmonium d'église ?
L'harmonium, inventé en France en 1842, est un instrument typiquement romantique. Il fallait construire un instrument à clavier qui puisse faire des nuances sur des sons tenus. Les premiers harmoniums, produits en de nombreux exemplaires pour les églises, étaient imparfaits. Il a progressivement été amélioré pour devenir un instrument de concert. C'est ainsi qu'est né l'harmonium d'art. L'élément le plus marquant est peut-être l'introduction de marteaux de piano qui permettent de jouer de la musique virtuose.
L'harmonium d'art a-t-il un ambassadeur ?
Le petit-fils du principal inventeur de cet instrument, Alphonse Mustel (1873-1936), a été un grand propagandiste : facteur, inventeur, compositeur, éditeur, concertiste (tournées dans le monde entier), toutes ses activités étaient tournées vers l'harmonium d'art. C'est un organiste belge, Joris Verdin, qui, dans les années 1990, a fait les premiers enregistrements. Des pays comme l'Angleterre, la Suisse et l'Allemagne, ont des virtuoses de cet instrument, mais en France, malgré un intérêt croissant, il reste inexploré. Je m'emploie à le faire connaître à travers des concerts et une thèse que je lui consacre.
Quel genre musical restitue-t-il le mieux les sonorités de l'harmonium d'art ?
À mon sens, c'est dans la musique de chambre qu'il s'apprécie le mieux. Le violon, le violoncelle et le chant sont couramment combinés à l'harmonium. Avec ces instruments nous retrouvons les sonorités authentiques du romantisme.
Quels sont vos projets ?
Nous venons d'enregistrer à Cahors un disque pour la collection «Les musiciens et la Grande Guerre», parue chez Hortus ; il sortira début 2015. À cette occasion nous sommes programmés pour un concert aux Invalides à Paris.

Parcours

Né à Toulouse, Emmanuel Pélaprat a étudié au Conservatoire de cette ville. Il rentre ensuite au Conservatoire National Supérieur de Musique et Danse de Paris où il obtient deux Diplômes de Formation Supérieure, mention Très Bien. Attiré par la recherche, il est actuellement professeur à l'université de Bordeaux III. Emmanuel Pélaprat est aussi titulaire du grand orgue Eugène Puget de l'église Notre-Dame du Taur à Toulouse.

mardi 15 juillet 2014

A Crotenay, l’incroyable renaissance de l’harmonium de l’église

Patrimoine musical. La commune de Crotenay dispose d’un trésor instrumental et l’ignorait. Dimanche, un concert unique sera donné en soirée, avec son harmonium réputé « très rare et d’une qualité exceptionnelle ».

Photo Philippe Galland
Photo Philippe Galland
C’est par un lapidaire courrier que Bernard Plantard était informé d’un projet fou de la fédération française des amis de l’harmonium. Le maire de Crotenay ignorait la nature rarissime de l’harmonium qui s’est tu depuis bien longtemps, sous les ogives de l’église du village. Pourtant, c’est bien ce soir qu’un organiste reprendra place devant ce bijou de la facture instrumentale, pieds aux soufflets et genoux fermes. Le projet de Jean-Bernard Lemoine, président de la fédération, a permis d’inscrire Crotenay, et par là même, le Jura, au circuit des « XIIe soirées autour des harmoniums ».
« Un grand intérêt historique »
Bernard Plantard
Du côté des villageois, c’est un peu la surprise. « Nous ne pensions pas que notre harmonium était un instrument aussi rare, confie Michèle Brenot, correspondante locale de la paroisse. L’organiste en titre était mademoiselle de Chassay, disparue en 1972. Jusqu’à l’achat d’un orgue électronique, Denise Lamy jouait sur l’harmonium ». « Nous ne savions même pas à qui il appartenait », explique pour sa part le maire, quand même bien fier que sa commune soit ainsi mise en lumière. Il rappelle : « Cet harmonium a sans doute été acheté par l’église. Puis, en 1905, lors de la loi de séparation de l’église et de l’État, on ne savait pas vraiment à qui il appartenait. Aujourd’hui, il semble, selon Jean-Bernard Lemoine, que cet instrument soit bel et bien propriété de la commune ».
C’est en tout cas le sens du courrier daté de septembre 2013. Le président de la FFAH informait Bernard Plantard sur « l’inventaire initié par notre association dans lequel l’harmonium, fort rare, de votre église est désormais inscrit. Cet instrument revêt un grand intérêt historique mais aussi musical, dont la qualité sonore et la puissance sonore sont remarquables. Nous vous recommandons de le protéger ». Pourtant, jamais le maire n’a entendu parler de ces spécialistes. « Comment savent-ils qu’il est encore en parfait état de fonctionnement », s’interrogeait, encore jeudi, Bernard Plantard.
Car un second courrier daté du 21 mai, informait l’élu que « Crotenay sera à l’affiche des XIIesoirées consacrées à la découverte d’un patrimoine trop souvent ignoré et parfois vandalisé : l’harmonium ».
Le village était réputé pour son aérodrome et son école de cirque. Il peut désormais compter sur une nouvelle richesse à son patrimoine.
Philippe Galland